Eurostat a deux colonnes pour une commande. Un agent va dans l'une ou l'autre.
Eurostat classe le e-commerce selon le canal qui a reçu la commande : sites web et applications, ou messages de type EDI. Rien n'interroge qui a composé la commande, si bien que les achats passés par un agent sont comptabilisés comme des ventes web ordinaires, et le questionnaire 2026 a été fixé par la loi un an avant l'enquête.
Sir John Crabstone
Eurostat classe une vente selon l’endroit où la commande est arrivée. Sites web et applications dans une colonne, messages de type EDI dans l’autre. Rien ne demande qui a composé la commande, si bien qu’un achat passé par un agent est classé comme une vente web ordinaire. Le canal qui progresse le plus vite en Europe est compté avec précision — comme autre chose.
La définition est précise sur le mauvais point. Le e-commerce, selon le glossaire d’Eurostat, désigne des commandes envoyées par des méthodes conçues pour les recevoir, le paiement et la livraison pouvant se faire hors ligne. Une seule exclusion en découle : les commandes envoyées par e-mail tapé à la main ne comptent pas. La seule clause qui examine la manière dont une commande a été rédigée existe pour disqualifier la main humaine.
Le volume n’est pas négligeable. En 2024, 23,6 % des entreprises de l’UE comptant dix salariés ou plus, ou des indépendants, ont réalisé des ventes en ligne. Les sites web ou applications seuls représentaient 18,0 % des entreprises, les messages de type EDI seuls 2,9 %, et les deux combinés 2,7 %. Les ventes en ligne ont atteint 19,5 % du chiffre d’affaires total, dont 11,1 points portés par l’EDI contre 8,4 pour le web. La plus grande part du e-commerce européen arrive déjà sans que personne ne tape quoi que ce soit.
La commande d’un agent doit tomber dans l’une de ces deux colonnes. Remplir un formulaire de paiement, et la vente parvient au vendeur via le site web, exactement comme celle d’un client humain. L’autre colonne ne peut pas l’accueillir : les ventes de type EDI sont des messages structurés échangés entre entreprises, or un agent achète pour un ménage. La commande de la machine est donc enregistrée là où l’est celle de l’humain, et le questionnaire n’offre aucun moyen de dire autrement.
Eurostat peut vous dire si le magasin utilise un modèle ; il ne peut pas vous dire si le client, lui, en a utilisé un.
L’enquête auprès des ménages n’est pas plus fine. 78 % des internautes de l’UE âgés de 16 à 74 ans ont acheté ou commandé des biens ou services en 2025, tous appareils confondus : ordinateur de bureau, portable, tablette, téléphone mobile. Un téléphone reste un téléphone, que le client ait tapé lui-même ou qu’un assistant l’ait fait à sa place. L’Europe sait sur quoi ses clients ont acheté, pas ce qui a acheté.
Le secteur s’est rabattu sur des analyses privées à la place. Adobe Analytics indique que le trafic référé par l’IA vers les sites de e-commerce américains a bondi de 138 % sur un an en mai 2026, avec un taux de conversion supérieur de 54 % à celui du reste du trafic, comme l’a rapporté Digital Commerce 360 en juin. Il s’agit là de clients arrivant depuis une fenêtre de chat, et non d’un logiciel achetant en leur nom, et seulement sur les sites qu’Adobe peut observer. C’est un journal de référents, pas un recensement.
Ajouter une question à Bruxelles n’est pas une décision éditoriale. Les variables collectées par l’enquête 2026 ont été fixées par le règlement d’exécution (UE) 2025/1310 de la Commission, adopté le 3 juillet 2025. Ce règlement s’inscrit dans le programme européen pour la décennie numérique, qui suit les objectifs 2030, dont l’adoption de l’intelligence artificielle. L’instrument conçu pour observer la diffusion de l’IA dans les entreprises européennes ne peut pas la voir arriver dans les commandes qu’il comptabilise.
Supposons que la question soit ajoutée demain. Les entreprises devraient y répondre, et la plupart ne le peuvent pas : l’agent d’achat de Perplexity s’est présenté à Amazon comme un simple navigateur Chromium, et il a fallu une injonction fédérale pour établir qu’Amazon pouvait le refuser. Une enquête ne recueille que ce que ses répondants savent déjà. L’écart survivra à la question qui pourrait le combler.
Rien de tout cela n’est un échec du calcul. L’enquête fait exactement ce pour quoi elle a été conçue, et elle a été conçue à une époque où la seule machine à passer des commandes travaillait dans les achats. La première année où des logiciels choisiront une part significative des achats européens sera publiée comme une année où les sites web ont légèrement mieux performé qu’avant. Bruxelles légiférera contre cette phrase. Elle sera vraie, et elle ne décrira rien.