Market Analysis

Le commerce de gros français est revenu en demandant qui pouvait payer

La presse professionnelle française a annoncé le retour du commerce de gros avant 2026. Le canal a progressé sur une base de boutiques en réduction, et la décision qui compte désormais pour une marque se prend avant même que la commande soit rédigée.

A crowded Paris trade-show hall under a hand-lettered Who's Next sign, one buyer pausing briefly at a rail of garments while a shuttered boutique waits beyond the glass

Sir John Crabstone

En décembre, la presse professionnelle française annonçait que le commerce de gros de la mode avait retrouvé de la vigueur et changé de visage avant 2026. Les deux moitiés de cette phrase étaient vraies, mais seule la première a été reprise. Le canal qui est revenu compte moins de boutiques que celui qui est parti, et il est devenu plus exigeant sur les marques qu’il conserve.

La preuve de cette reprise, c’est le registre d’une plateforme. Le commerce de gros représente 57% de l’activité des marques et constitue le canal le plus rentable pour 52% d’entre elles, rapportait just-style à partir des données de tendances 2026 de JOOR, qui s’appuient sur plus de 14 000 marques et 675 000 acheteurs. Les magasins spécialisés et les boutiques concentrent désormais 62% du volume des transactions, contre 49% en 2020. Une part peut augmenter parce que le numérateur a grossi, ou parce que le dénominateur est parti.

Les statistiques françaises sont moins lyriques. Le chiffre d’affaires du commerce de gros, tous secteurs confondus en France, a progressé de 1% au premier trimestre 2026, tandis que les biens manufacturés reculaient de 1%, selon le baromètre trimestriel du CGF et de Xerfi. L’habillement n’y est même pas isolé. La reprise qu’on nous vend appartient à une plateforme, et une plateforme ne compte que ce qui transite par elle.

Deux évolutions se sont produites ensemble. À périmètre comparable, les indépendants ont commandé 27% de plus en 2025 qu’en 2020, tandis que le volume des grands détaillants reculait de 4%, selon l’enquête de printemps de JOOR. La moitié des marques indépendantes, 51%, ont déclaré une croissance annuelle dans le canal indépendant ; 31% l’ont obtenue via les grands magasins. Les indépendants ont gagné leur part autant par attrition que par appétit.

L’attrition, la France l’a fournie. Les enseignes de mode du pays ont fermé environ 20% de leurs magasins de vêtements depuis 2019, avec un recul de 16% pour les sites de centre-ville et de 27% pour les centres commerciaux de centre-ville, selon les propres chiffres de l’Alliance du Commerce. Les retail parks, en périphérie, ont progressé de 8% sur la même période. Le panel recense les enseignes, pas les indépendants, mais c’est un recensement des rues où les indépendants font commerce.

La demande n’a apporté aucun secours. Les ventes en magasin des enseignes d’habillement françaises ont chuté de 3,1% en avril, un huitième mois consécutif de baisse sur un panel de plus de 10 000 boutiques. La météo, ce mois-là, était pourtant excellente. Yohann Petiot a évoqué un affaiblissement de la confiance des ménages, ce qui est la lecture la plus courtoise.

Le commerce de gros n’a pas retrouvé ses clients ; il a retrouvé la position qui lui permet de les refuser.

Le même rapport de JOOR, qui chiffrait ce basculement vers les indépendants, a aussi demandé aux marques ce qu’il fallait désormais pour en conserver un. Près de la moitié, 49%, examinent la capacité d’un détaillant à payer dans les délais avant d’accepter son compte, selon les résultats d’avril de JOOR. 35% supplémentaires jugent des prix plus bas déterminants pour décrocher un partenariat de vente au détail, contre 25% trois ans plus tôt. La sélection ne se faisait autrefois que dans un sens. Elle se fait désormais dans les deux, et chaque sens teste la solvabilité.

Ce test se joue dans des salles. Un acheteur « n’a parfois que cinq secondes à peine pour décider si une pièce mérite un regard », confiait Alina Zaporozcenko, de Break.Fast, à FashionUnited avant la saison printemps-été 2026. Cindy Gout, de Likewise, citée dans le même article, expliquait que c’est le tempo qui a changé, les acheteurs circulant plus vite et disposant de moins de temps. Toutes deux décrivent une décision prise avant même le début du rendez-vous.

Les salons professionnels le lisaient plus précisément que le titre de décembre. Au Who’s Next de janvier à Paris, les exposants remplissaient un hall dense réparti sur quatre salons et cinq catégories, du prêt-à-porter au lifestyle design, et la plupart faisaient état d’une bonne fréquentation et de contacts utiles. Un détaillant, Lolina, a donné une note différente : ses acheteurs étaient moins nombreux et plus sélectifs, et il s’attend à une saison morose pour ses clients multimarques, toujours en attente de confirmer leurs commandes. Le même reportage chiffrait la consommation française d’habillement en 2025 en baisse jusqu’à 1,7% en valeur, frappant les boutiques indépendantes plus durement que tout le reste. Un hall bondé et une clientèle qui s’amenuise peuvent être vrais en même temps.

Un carnet de commandes compte des commandes. Il n’enregistre pas la conversation, tenue plus tôt et sans la marque présente, où un acheteur ajuste la liste de la saison prochaine à la taille voulue. Quelque chose de ce genre se produit à chaque cycle, sans jamais être consigné. Les marques qui en sont retranchées liront une commande plus petite la saison suivante et en accuseront la demande.