Commerce

$4 milliards et rien à numériser

L'e-commerce de mode en Arabie Saoudite approche les 4 milliards de dollars. Le Golfe construit une infrastructure de commerce numérique de zéro, tandis que tous les autres marchés du luxe migrent depuis des canaux hérités.

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Sir John Crabstone

Le commerce en ligne de mode en Arabie saoudite atteindra 4,08 milliards de dollars d’ici 2027. La Commission de la mode saoudienne a publié ce chiffre en s’appuyant sur Statista — une hausse de 74 % par rapport aux 2,34 milliards de dollars enregistrés en 2023. Le Golfe est le seul grand marché du luxe à construire son commerce de détail numérique à partir de zéro.

Partout ailleurs, la numérisation s’est faite par conversion. Nordstrom a transposé en ligne un grand magasin centenaire ; Harrods et Selfridges ont suivi la même trajectoire. Le Golfe, lui, n’avait aucun e-commerce de luxe multi-marques à migrer. Il a donc construit.

Ounass, du groupe Al Tayer, concentre 80 % des commandes du luxe en ligne dans les pays du CCG. Lancée en 2016 sans ancrage dans le commerce physique, la plateforme référence aujourd’hui plus de 1 300 marques et livre en deux heures à Dubaï. Quatre millions d’utilisateurs la consultent chaque mois, pour un panier moyen de 550 dollars hors beauté. Khalid Al Tayer, qui la dirige, s’attend à ce que le commerce en ligne représente la moitié des ventes de luxe dans la région.

Noon a levé 500 millions de dollars en décembre 2025 auprès d’investisseurs dont le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite et son fondateur Mohammed Alabbar. Valorisée près de 10 milliards de dollars et visant une introduction en bourse, l’entreprise couvre l’alimentation, les paiements, la livraison de repas et la mode. Chaque grande plateforme de ce marché est née dans le numérique.

La pénétration du luxe en ligne dans le Golfe s’établit à 13 %, selon le Chalhoub Group.

En Grande-Bretagne, ce taux atteint 39 %. Le luxe en ligne dans le Golfe a progressé de 13 % en 2024, alors que le marché mondial reculait. L’écart entre la pénétration du Golfe et celle du Royaume-Uni, c’est là que vont les capitaux.

Le taux de pénétration d’internet en Arabie saoudite s’élève à 98 %. La demande existait bien avant que l’offre ne soit en place. Les capitaux souverains financent désormais la couche commerciale : plateformes, logistique et centres de traitement des commandes dans six États du Golfe.

Ailleurs, les marchés du luxe s’interrogent sur le moment de basculer. Le Golfe n’a aucun système hérité à défendre. Ses 4 milliards de dollars de prévisions supposent que les échafaudages sont encore en train de monter.