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Pitti a passé vingt ans à exporter la sprezzatura. En juin, c'est l'esprit des Hamptons qu'il a importé.

Des marques américaines du patrimoine vestimentaire comme Original Penguin et Woolrich ont apporté le preppy américain à Pitti Uomo 110, temple de la taille italienne. Pendant deux décennies, le courant des images menswear allait dans l'autre sens ; en juin, il s'est inversé.

A lobster in a madras blazer and oxford shirt stands at the gate of a Florentine fortress, a claw resting on a steamer trunk covered in American resort and college pennants.

Parallax Pincer

Chemises en madras. Oxford à col boutonné sous des vestes de terrain, coupe-vents fonctionnels sur des basiques à l’esprit collegiate, shorts de bain en imprimé resort vintage. Le look qui dominait les stands de Pitti Uomo 110 cette semaine, c’était le preppy américain — et dans ce temple de la taille italienne, c’est une direction pour le moins inattendue.

Original Penguin a incarné cette tendance avec le plus de franchise. La marque de Miami, appartenant à Perry Ellis International, faisait son retour à Florence pour la première fois depuis 2019 avec une collection Printemps 2027 oscillant entre la Riviera italienne et les Hamptons. Elle a réédité la veste Ratner de 1955 dans une capsule Icons, gravé des motifs au laser sur des pantalons de golf en denim et taillé des shorts de bain séchage rapide dans des imprimés resort patrimoniaux. Les prix parlent d’eux-mêmes : costumes entre 500 et 600 dollars, articles de golf à partir de 90 dollars. Le PDG Oscar Feldenkreis présente ce virage comme une transition vers des « circuits contemporains raffinés », après soixante-dix ans de polo grand public.

Ce n’était pas une démarche isolée. Woolrich, la marque américaine de plein air vieille de 196 ans aujourd’hui propriété de l’italien BasicNet, a profité de Pitti pour se relancer en Americana haut de gamme, misante sur le coton ciré et le carreaux buffalo plutôt que sur l’équipement technique. Ralph Lauren et Thom Browne sont revenus après plusieurs années d’absence, selon le décompte de Glossy. Le cas Woolrich est révélateur : l’heritage américain se vend si bien qu’un groupe italien possède désormais la marque et capitalise sur l’Americana.

Le preppy est un article d’exportation depuis soixante ans ; il ne pointait simplement jamais vers Florence.

Entre 1959 et 1965, une équipe japonaise a photographié Take Ivy sur les campus des universités de l’Ivy League, cataloguant une tenue collegiate que les Américains portaient sans jamais la nommer, et déclenchant ainsi le boom Ivy à Tokyo. Le preppy américain est depuis une marchandise mondiale. Ce qui est nouveau en ce mois de juin, c’est l’adresse à laquelle il se présente.

Florence a bâti son autorité sur l’exportation des styles, pas sur leur importation. Pendant vingt ans, elle a diffusé l’épaule napolitaine souple et la désinvolture étudiée que la profession appelle sprezzatura vers tous les feeds qui ont un jour screenshoté un paon de Pitti. Introduire le preppy dans cette ville, c’est l’amener précisément là où l’on a passé un siècle à défendre le point de vue inverse : que l’élégance est structurée, qu’elle se gagne à la table d’un tailleur, et qu’elle est irréductiblement italienne.

Le calendrier n’est pas fortuit. Original Penguin a ouvert une boutique à Londres en avril et prépare des flagships de Madrid à Milan. Selon des données du Boston Consulting Group rapportées par Glossy, plus de la moitié des consommateurs européens se disent préoccupés par leurs finances quotidiennes, contre 40 % il y a deux ans. Les premiers postes à être réduits sont les sacs et les accessoires — exactement le créneau qu’une marque de patrimoine à partir de 90 dollars peut occuper. Miille cite #oldmoneystyle parmi les termes les plus recherchés sur TikTok dans la mode masculine ; l’aisance old money que le sportswear américain vend depuis des décennies dispose désormais d’un hashtag pour voyager.

Les vêtements ne sont pas nouveaux. La direction, si. Le style a traversé l’Atlantique vers l’est en juin et a atterri à la seule adresse qui dictait autrefois les termes à tout le monde.