Retail

Washington a fermé la brèche. Le front s'est déplacé vers le sud.

Shein et Temu ont capté 3,6 % du marché vestimentaire sud-africain en quatre ans, une part que les enseignes internationales avaient mis treize ans à construire. Alors que Washington et Bruxelles ferment les brèches du de minimis qui alimentaient l'ultra-fast fashion, le même combat s'ouvre en Afrique subsaharienne, où les contrôles douaniers sont bien plus fragiles.

Parcels labelled Shein and Temu cross a SARS customs gate into a map of southern Africa as a lone, overwhelmed customs officer waves them through.

Sir John Crabstone

Deux applications chinoises de commerce en ligne captent désormais 3,6 % des dépenses sud-africaines en habillement, textile, chaussures et maroquinerie, selon une étude commandée par le Localisation Support Fund. Les enseignes internationales avaient mis treize ans à construire cette part de marché ; Shein et Temu en ont eu quatre. Leur percée ouvre un premier front de l’ultra-fast fashion en Afrique subsaharienne, où les batailles autour du de minimis que mènent Washington et Bruxelles se rejouent face à des défenses bien plus poreuses.

Les distributeurs sud-africains cadrent l’affaire en termes d’emplois, et les chiffres leur donnent raison. Les deux plateformes ont enregistré 7,3 milliards de rands en 2024, soit plus d’un tiers des achats en ligne dans la catégorie. La même étude chiffre l’impact à 960 millions de rands de production locale perdue et à quelque huit mille emplois jamais créés, la plupart dans le commerce plutôt que dans l’industrie. Le directeur du fonds parle d’une concurrence déloyale qu’il faut impérativement endiguer. Il a raison sur le préjudice, et tort sur l’adresse à laquelle en chercher la cause.

Cette adresse se trouve à la frontière. L’Afrique du Sud autorisait l’entrée des colis d’une valeur inférieure à 500 rands moyennant un droit forfaitaire de 20 % et sans TVA. Les plateformes étaient soupçonnées de fractionner les commandes importantes en petits envois pour rester sous le seuil. Le SARS a supprimé cette concession en 2024, en appliquant la TVA dès septembre et en relevant le taux forfaitaire vers les 45 % de droit de douane standard sur les vêtements en novembre. La règle a changé ; les colis ont continué d’affluer.

Washington a agi en premier, et avec plus de fermeté. En mai 2025, il a mis fin à l’exemption de minimis sur les colis en provenance de Chine — en invoquant la crise du fentanyl plutôt que la concurrence commerciale — cette règle qui permettait aux mêmes deux entreprises d’expédier vers l’Amérique en franchise de droits par milliards d’envois. À sa place est entré en vigueur un droit de trente pour cent de la valeur, ou une taxe forfaitaire par article. L’exemption était une ligne dans le droit commercial et un modèle d’affaires dans la pratique. Sa suppression a fait bondir leurs coûts américains du jour au lendemain.

Bruxelles est au bout du même chemin. L’Union européenne a convenu d’assujettir les petits colis aux droits de douane, le seuil de franchise de 150 euros devant disparaître en juillet 2026. Chaque marché riche qui se ferme augmente la valeur de celui qui reste ouvert. L’Afrique du Sud a constitué leur première tête de pont en Afrique subsaharienne, et c’est elle qui dispose des moyens les plus limités pour faire face au volume.

Les plateformes ont déjà dépassé ce stade. Shein y vend depuis 2020, Temu depuis 2024. Temu avait atteint le Nigeria d’ici la fin 2024, et dispute désormais l’ensemble du continent à Jumia. Aucune n’opère d’entité locale sur laquelle un régulateur pourrait avoir prise. Le SARS est l’une des douanes les plus compétentes de la région, et elle est déjà sous pression. Quand elle perçoit les droits, l’incitation se déplace ; le volume emprunte le chemin de moindre résistance vers des marchés où le contrôle est encore plus lâche.

Un tarif douanier ne vaut que ce que vaut l’agent qui le perçoit.

Shein et Temu n’ont pas trouvé une brèche en Afrique du Sud. Ils y ont trouvé un continent entier de brèches.