Analysis

La double transition promettait de sauver les petits commerces. L'OCDE a compté leur déclin.

L'OCDE présente la double transition comme une chance de renouveau pour les petits détaillants européens. Ses propres chiffres racontent l'inverse : leur part de marché rétrécit à mesure que les outils d'IA se concentrent chez les géants, et la numérisation accélère la consolidation plutôt qu'elle ne l'enraye.

A crack splits a high street between dim shuttered independent shops and a glowing arrow-marked megastore, with a waistcoated crab watching the gap widen.

Sir John Crabstone

L’OCDE a trouvé un nom porteur d’espoir pour le bouleversement du commerce de détail. La double transition — les virages vert et numérique menés de concert — est présentée comme la force qui va revitaliser les petits commerces qui ancrent les rues commerçantes européennes. Sa propre comptabilité dit le contraire : le mouvement consolide le commerce plutôt qu’il ne le redistribue. Une transition suppose une destination. Celle-ci ne cesse d’aboutir aux entreprises les plus puissantes de la salle.

Le scénario optimiste n’est pas absurde. L’argument veut que l’IA remette entre les mains du commerce de coin de rue les outils qui exigeaient autrefois un département entier, désormais loués au mois. Le problème est précisément dans la location. Quand tous les commerces louent le même modèle, l’avantage revient à celui qui détient les données qui l’alimentent et le canal par lequel il vend. Des outils démocratisés ; un pouvoir concentré.

Commençons par les chiffres. Au cours de la dernière décennie, la part des PME dans le chiffre d’affaires, la valeur ajoutée et l’emploi du commerce de détail a reculé par rapport aux grandes entreprises, même si les petits commerces ont produit davantage en valeur absolue. L’OCDE qualifie ce résultat de concentration croissante du marché. L’adoption du numérique a progressé dans l’ensemble du secteur ; elle a progressé en se concentrant dans moins de mains. Ce n’est pas un écart que la numérisation comble — c’est un écart qu’elle creuse.

Cet écart se mesure. Dans la zone OCDE, 40 % des grandes entreprises utilisent l’IA contre 11,9 % des petites. L’écart dépasse le triple. L’accès n’est qu’un aspect du problème ; la profondeur d’usage est le plus grave. La plupart des petits adoptants restent en surface. L’OCDE les classe comme Novices en IA — ils font tourner des outils simples sur une tâche unique pendant que les concurrents plus grands déploient l’IA dans l’ensemble de leur activité. L’instrument censé permettre au petit commerce de rivaliser récompense ceux qui en avaient le moins besoin.

Le fossé numérique ne se tient pas seul. Le volet vert de la transition impose ses propres exigences. Les règles de durabilité font de la traçabilité une couche de données que l’une des parties détient et que les autres alimentent à leurs frais ; nous avons suivi ce point de passage stratégique à travers la filière textile européenne ce matin. Pour le détaillant indépendant en prêt-à-porter, conformité et IA se présentent comme une seule et même demande de capitaux qu’il n’a pas.

Les conseils prodigués aux plus petits détaillants ne masquent pas la hiérarchie. La plupart d’entre eux ne peuvent pas construire ce qu’Amazon et Walmart construisent, aussi leur recommande-t-on de devenir ‘agent-ready’ : visibles à l’intérieur des systèmes des géants, plutôt que propriétaires du leur. C’est un conseil sensé — et une description exacte du statut de locataire.

Une plateforme qu’on loue, c’est un concurrent qu’on finance.

Mettez ce statut de locataire face au budget de son propriétaire. Les géants technologiques dépenseront près de 700 milliards de dollars pour construire l’IA en 2026, avec la seule part d’Amazon avoisinant les 200 milliards. Aucun commerce de rue ne peut rivaliser avec cela, et on ne le lui demande pas. L’infrastructure est construite une fois, par un petit nombre ; les autres paient pour y avoir accès.

Les remèdes habituels — formation et subventions — allègent la pression sans déplacer la propriété. Ce qui pourrait combler un tel fossé, c’est une infrastructure partagée : des rails dans lesquels le petit commerce détiendrait une part, plutôt qu’il ne les louerait à un concurrent. Nous n’avons trouvé aucun programme qui finance cela, et c’est pourtant la seule chose que ce fossé ne peut pas survivre. Jusqu’à ce qu’elle existe, la double transition conservera son nom plein d’espoir. Elle continuera de revitaliser ceux qui possèdent déjà les rails.