Strategy

Walmart a arrêté de vendre des prix. Il a commencé à vous vendre.

Walmart a retiré le prix de son argumentaire auprès des marques premium et direct-to-consumer. Ce qu'il leur vend désormais, c'est la distribution et les données propriétaires sur les acheteurs qui en découlent — transformant le supercenter en une régie publicitaire qui loue aux marques leurs propres clients.

A supercenter storefront whose spark logo is drawn as a broadcast antenna, with premium products lined up at the doors.

Neritus Vale

Walmart ne mentionne plus le prix dans son discours aux marques premium et direct-to-consumer. L’enseigne bâtie sur l’étiquette la moins chère vend désormais deux choses que ses cibles ne peuvent trouver à la même échelle nulle part ailleurs : une distribution nationale, et les données propriétaires sur les acheteurs que cette distribution génère. Le rayon est l’appât. Ce que Walmart vend une fois qu’une marque est à l’intérieur, c’est l’audience — ses propres clients transformés en segment publicitaire monnayable. Ce n’est pas une figure de style ; c’est là que les marges de l’entreprise se forment de plus en plus.

Les marques qui font la queue appartiennent à cette catégorie qui tenait autrefois Walmart à distance par principe. Away et Allbirds ont longtemps évité les grandes surfaces pour protéger leur image, convaincues qu’une tête de gondole chez Walmart dévalorisait une marque premium. Cette conviction s’est discrètement effondrée. Les trois quarts de la croissance de Walmart dans le secteur beauté au dernier trimestre provenaient de marques nouvellement référencées, dont la ligne de soins La Roche-Posay. Matt Goldbloom, qui a introduit des marques nativement digitales chez Walmart et Target avant de se consacrer principalement aux enseignes déstockage comme TJX et Ross, affirme que la vieille crainte de dilution « n’est plus vraiment d’actualité ». Ces marques n’ont pas revu leurs exigences à la baisse pour entrer ; elles sont venues chercher une portée qu’elles ne pouvaient plus se permettre de construire seules.

Ce qui a changé en premier, c’est le profil des clients qui parcourent les allées. La majorité des gains de parts de marché récents de Walmart proviennent de foyers gagnant plus de 100 000 dollars — les acheteurs que les marques premium visent le plus —, ce qui a supprimé la raison initiale de rester à l’écart. Une marque qui redoutait la dilution en 2019 trouve aujourd’hui son client cible déjà présent en magasin. Le coût réputationnel du rayon étant quasi nul, le calcul s’inverse : il ne s’agit plus de ce que l’association coûte à la marque, mais de ce que la distribution lui rapporte.

La distribution, pourtant, n’est pas le produit que Walmart cherche le plus à vendre. Chaque marque recrutée devient acheteuse de publicité ciblant les clients connectés de Walmart, dont les achats sont vérifiés — ce que le secteur considère aujourd’hui comme l’identité first-party la plus fiable du commerce américain, à un moment où les changements en matière de confidentialité ont progressivement réduit les signaux de tracking sur lesquels le web ouvert fonctionnait autrefois. C’est pourquoi la publicité chez Walmart croît six fois plus vite que ses ventes au détail : l’entreprise facture désormais le même trafic deux fois — à la caisse, puis en revendant l’attention de cet acheteur à la marque. Être référencé sur le rayon n’ouvre qu’une porte ; y rester visible exige un budget publicitaire, et la visibilité n’est plus gratuite.

Les marques elles-mêmes décrivent l’attrait en termes d’accès, non de prix. Jeff Brown, qui dirige la marque de matelas née en ligne Big Fig, déclarait en 2020 que Walmart offrait « la capacité d’un nouveau public à accéder à notre produit ». Ce public est aujourd’hui suffisamment large pour ancrer un véritable business média : Walmart a enregistré 6,4 milliards de dollars de revenus publicitaires mondiaux en 2025. Ce chiffre n’existe que parce que les marques acceptent de payer pour être mises en avant auprès d’acheteurs qu’elles ne peuvent plus atteindre efficacement ailleurs. Plus Walmart recrute de marques, plus elles se font concurrence pour le même rayon et le même emplacement de recherche, et plus chacune doit enchérir pour rester visible. Walmart n’a nullement besoin d’augmenter ses prix pour en profiter ; il lui suffit de maintenir l’enchère bien garnie.

C’est le profit, non l’assortiment, qui révèle la nouvelle identité. Le directeur financier, John David Rainey, a déclaré aux investisseurs qu’« un bon tiers » des bénéfices d’un récent trimestre provenaient de la publicité et des revenus d’abonnement — les sources les plus rentables de l’entreprise. Son propre directeur e-commerce avait autrefois tracé une ligne qu’il a depuis franchie : en 2019, Marc Lore déclarait lors d’une conférence, selon Modern Retail, que Walmart ne vendrait pas les premières positions dans ses résultats de recherche. Ces positions sont en vente aujourd’hui, tout comme la majeure partie de la page visible sans défilement. La promesse du prix bas n’a jamais régi que ce que Walmart facturait à ses acheteurs, jamais ce qu’il pouvait facturer aux marques pour y avoir accès.

Walmart vend désormais ses clients aux marques que ces clients venaient acheter.

L’objection la plus solide est qu’il ne s’est rien inversé du tout. Dans cette lecture, les marques premium et DTC ne sont pas attirées par les données de Walmart ; ce sont des réfugiées de leur propre arithmétique brisée. Les coûts d’acquisition clients ont dépassé ce que leurs marges pouvaient supporter après que les changements de confidentialité d’Apple en 2021 ont dégradé le ciblage dont elles dépendaient, et Walmart est le plus grand canal de redistribution restant. Tout l’intérêt de vendre en direct, selon une décennie d’orthodoxie DTC, était de posséder la relation client ; ces marques y renoncent sous la contrainte, non par conviction. Walmart ne vend donc que ce qu’il a toujours vendu — de la portée —, et l’argumentaire retail-media est une taxe que ces marques subissent plutôt qu’une raison pour laquelle elles l’ont choisi. Si elles traitent Walmart Connect comme un péage, la thèse de la plateforme s’effondre pour redevenir une simple distribution ordinaire.

Mais la portée et les données relèvent du même achat. Si ces marques se sont retrouvées chez Walmart, c’est parce que le modèle d’acquisition directe a rompu le premier : Meta et Google ont perdu les signaux d’achat qu’ils vendaient autrefois à bas prix, et Walmart détient ce qu’ils ont perdu — l’identité d’un acheteur confirmée à la caisse. Une marque qui fuit des coûts d’acquisition qu’elle ne peut plus porter, puis qui paie Walmart Connect pour être à nouveau trouvée, ne s’acquitte pas d’un péage ; elle rachète la seule capacité qu’elle a perdue, auprès du seul distributeur qui la détient encore. Le refuge et la plateforme sont le même produit. Ce que ces marques gagnent, ce sont des clients moins chers ; ce qu’elles abandonnent, c’est la relation directe — car l’acheteur vit désormais dans l’identifiant de Walmart et dans ses données, reloué campagne après campagne. Si ce compromis tient, la marque premium qui redoutait autrefois le rayon passera la décennie à venir à payer pour atteindre un client qu’elle possédait jadis.

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