Instagram a installé le fil sur le canapé. Le shopping vient de trouver un public.
Instagram for TV est désormais disponible sur la plupart des appareils de télévision connectée aux États-Unis, avec des fonctionnalités de co-visionnage qui font passer le fil de découverte du téléphone personnel au canapé partagé. Ce changement transforme la découverte de mode en acte collectif et oblige les marques à repenser leur contenu pour qu'il soit regardé ensemble.
Sir John Crabstone
Instagram a passé une décennie à apprendre à chacun à faire ses achats seul. Son arrivée sur la télévision défait cette habitude. L’application étant désormais disponible sur les téléviseurs Samsung à travers les États-Unis, ainsi que sur Fire TV et Google TV, le fil de découverte qui fait vendre la mode a quitté le téléphone personnel pour s’installer sur le canapé partagé. En six mois à peine, la plateforme est passée d’un seul écran de télévision à la quasi-totalité d’entre eux.
La conception du produit dit tout de l’ambition. Un foyer peut enregistrer jusqu’à cinq comptes, si bien que l’application, jadis calibrée pour un seul utilisateur, s’adapte désormais à toute une pièce. Les chaînes trient les Reels par centre d’intérêt, pour faciliter le choix de ce que tout le monde regarde. L’unité d’audience est passée de la personne au canapé.
Il n’y a pas de bouton d’achat sur le canapé. Sur Google TV et Fire TV, on diffuse un Reel depuis son téléphone vers l’écran — les contenus sauvegardés y compris — et non l’inverse. Samsung, la dernière plateforme intégrée, ne prend pas encore en charge cette fonction. La découverte devient collective, tandis que l’achat reste dans la main. La télévision est la vitrine ; le téléphone, derrière elle, est la caisse.
Ailleurs, l’histoire est racontée comme une guerre du streaming, Instagram contre YouTube pour le plus grand écran. La presse spécialisée la classe sous la rubrique publicité : Fire TV et Samsung représentent ensemble environ 30 % des inventaires programmatiques ouverts de la télévision connectée, un espace dont le modèle de revenus attend encore d’être activé. Ces deux lectures sont exactes ; toutes deux passent à côté de la caisse. Instagram ne vend pas depuis le canapé ce trimestre ; il assemble ce dont un vendeur aura besoin.
Le e-commerce a fait du shopping un acte solitaire ; Instagram vient de lui redonner un public.
Cela réécrit le brief de quiconque vend des vêtements sur la plateforme. Une chaîne met en avant ce que plusieurs personnes regarderont ensemble, de sorte qu’une marque doit désormais conquérir l’adhésion d’une pièce entière, et non la pause d’un seul pouce. Une salle s’accorde sur moins qu’un utilisateur isolé ne tolérera.
Le ton change aussi. Le haul et le get-ready-with-me flattent un spectateur seul, donc influençable ; en société, ils embarrassent. L’intimité ne passe pas le cap du canapé.
Le précédent est posé. Sur YouTube, Google comptabilise chaque visage devant l’écran, pas seulement le titulaire du compte ; tout produit publicitaire d’Instagram TV serait soumis au même calcul. Les marques ont passé des années à mettre en scène des vêtements pour un seul regard ; elles vont bientôt découvrir ce qu’un vêtement inspire à une pièce qui ne l’a pas choisi.