La semelle blanche est protégée contre quiconque la mentionne
Le tribunal de Turin a interdit à Parijan SAS de vendre des imitations de la White Sole le 12 mai, la quatrième victoire de Loro Piana depuis octobre 2024. Chaque affaire gagnée reposait sur un défendeur ayant invoqué la marque. Le seul défendeur qui ne l'a pas invoquée a gagné.
Sir John Crabstone
Le tribunal de Turin a ordonné à Parijan SAS de cesser la vente de ses mocassins en daim le 12 mai, et la décision a été rendue publique le 7 juillet. C’est la quatrième victoire de Loro Piana dans l’affaire White Sole depuis octobre 2024. Chacune a désigné un vendeur. Aucune n’a touché à la chaussure elle-même.
Parijan a perdu sur son comportement, pas sur la forme du produit. L’entreprise avait baptisé ses modèles Monaco Old Money et les avait fait porter par des créateurs de contenu proches de Loro Piana, dont Gstaad Guy ; tout retard coûte désormais 1 000 € par jour au e-commerçant français, et chaque paire vendue en infraction coûte 500 €. Le juge Ludovico Sburlati a estimé que l’apparence globale d’un produit peut identifier son fabricant à la manière d’une marque. Il a raison. Mais il décrit ce que Parijan a dit, pas ce que Parijan a fabriqué.
La campagne dure depuis trois ans et demi. Loro Piana avait annoncé dès décembre 2022 son intention de poursuivre les copieurs de la White Sole, partant du principe qu’une semelle pâle et une forme déstructurée étaient elles-mêmes devenues une marque. Trois ans et demi, c’est suffisant pour mettre une théorie à l’épreuve.
Bari a fourni le modèle en novembre 2024. Le tribunal a interdit à MNSWR Group de vendre les mocassins Capri et City de Viola Milano, pour 400 € la paire, 6 700 € de frais, et des annonces payantes dans le Corriere della Sera et Il Sole 24 Ore. Relisez bien la sanction : l’enjeu était le droit de publier un rectificatif public.
Turin a réitéré l’exercice en avril 2025 contre Eleante Fashion, qui diffusait sur Instagram des vidéos comparant son City Loafer à l’original et habillait son marketing de photos de sacs Loro Piana. Le tarif était identique à celui de Parijan : 1 000 € par jour, 500 € la paire. Le tribunal ne tarife pas la copie. Il tarife la référence.
Chaque défendeur battu par Loro Piana avait d’abord pointé du doigt Loro Piana.
L’exception confirme la règle. Le 30 mai 2025, ce même tribunal de Turin a rejeté dans leur intégralité les demandes de Loro Piana contre Smart Luxury, propriétaire de la marque néerlandaise Aurélien, constatant une impression d’ensemble distincte et jugeant que les formes en cause manquaient de la nouveauté qu’exigent des droits exclusifs. Le tribunal a qualifié le marché de la forme d’encombré, pas de volé. Loro Piana a fait appel.
La presse spécialisée mode avait déjà tranché dans l’autre sens. Un guide d’achat de Dapper Dangerous classe le mocassin yacht d’Aurélien en tête des alternatives au Summer Walk, à 400 $. Ce n’est pas la chaussure blanchie par Turin — la décision concernait la basket Active Knit de Smart Luxury et une gamme plus large de chaussures et de vêtements. Turin a reconnu un produit distinct. Les consommateurs avaient déjà substitué un autre.
Le registre avait devancé les deux tribunaux. En avril 2024, l’EUIPO a refusé la marque de position de Loro Piana pour la bande, le nœud et les pampilles ornant ses empeignes, la qualifiant de simple variante parmi les nombreuses existant sur le marché. Ce refus décrit le marché, pas la marque. Dès 2024, le design appartenait déjà au domaine commun.
TikTok tient une page de découverte permanente consacrée aux alternatives au Summer Walk. Turin a mis huit semaines à publier une décision contre un seul nom de cette liste. Ce que détient Loro Piana, c’est le titre de propriété d’une maison que n’importe qui peut reconstruire, à condition de ne jamais en nommer l’architecte. Les archives sont sécurisées. Personne ne vient les consulter.